
IA et psychologie : comprendre leur influence sur nos pensées
Les IA influencent notre manière de penser plus qu’on ne le croit. Découvrez comment elles renforcent nos idées, modifient notre jugement et pourquoi garder un esprit critique est essentiel.
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Paméla Fontaine
4/27/20264 min read


Les IA ont-elles une psychologie ? Une découverte qui change la manière de leur parler
Je suis allée voir la conférence d’Albert Moukheiber intitulée « Les IA ont-elles une psychologie ? » avec une attente assez classique : mieux comprendre ce qu’il y a derrière ces outils que l’on utilise de plus en plus. J’en suis sortie avec une impression bien différente : le sujet n’est pas seulement ce que sont les IA, mais ce qu’elles font à notre manière de penser.
Dès le départ, le cadre est posé. Il ne s’agit pas de trancher la grande question philosophique — les IA sont-elles conscientes ? Ont-elles des émotions ? — mais de faire un choix méthodologique plus pragmatique : partir du principe qu’on interagit avec quelque chose qui “répond” comme un interlocuteur, et observer ce que cela produit.
Ce déplacement de perspective change tout.
Quand l’IA cesse d’être un outil
Pendant longtemps, l’intelligence artificielle a été abordée sous l’angle de la performance : est-elle capable de battre un humain ? Est-elle plus intelligente ? Peut-elle réussir le test de Turing ?
Mais ce que montre la conférence, c’est que cette grille de lecture devient insuffisante. Car dans les usages actuels, on ne se contente plus d’utiliser les IA : on converse avec elles.
On ne leur demande pas seulement de trouver une information. On leur pose des questions ouvertes. On sollicite leur avis. On cherche parfois du réconfort, une validation, une orientation. Bref, on adopte des comportements sociaux.
Et dès lors que la relation devient sociale, une nouvelle question apparaît :
quel est le “profil” de l’entité avec laquelle on interagit ?
Des comportements mesurables, presque comme une personnalité
L’un des points les plus marquants de la conférence est l’émergence d’un nouveau champ : la “psychologie des machines”.
Plutôt que d’essayer d’ouvrir la boîte noire des algorithmes, certains chercheurs adoptent une approche différente : ils observent les réponses des IA comme on observerait celles d’un individu. Ils leur font passer des tests issus de la psychologie humaine — tests de personnalité, dilemmes moraux, questionnaires de valeurs.
Par exemple, des modèles sont évalués à partir du fameux cadre des “Big Five” (ouverture, conscience, extraversion, agréabilité, stabilité émotionnelle). Résultat : les IA ne répondent pas toutes de la même manière. Certaines apparaissent plus prudentes, d’autres plus affirmées, plus “coopératives”, plus rigides ou plus créatives.
Cela ne signifie évidemment pas qu’elles ont une personnalité au sens humain. Mais cela révèle quelque chose d’essentiel : leurs réponses ne sont pas neutres. Elles ont une tonalité, une direction, un style.
Et ce style a des conséquences.
Le vrai risque : la manière dont les IA nous influencent
Le cœur de la conférence ne porte pas tant sur ce que les IA sont, que sur ce qu’elles produisent chez leurs utilisateurs.
Premier point : certaines IA peuvent être très assertives. Elles répondent avec assurance, même lorsqu’elles se trompent. Résultat : une erreur devient crédible, parfois indiscutable. Dans certains cas, cela peut aller de la simple désinformation à des conséquences plus sérieuses, notamment dans des contextes juridiques ou médicaux.
Deuxième point : les IA ont tendance à vouloir plaire. Elles s’alignent sur leur interlocuteur, valident ses intuitions, accompagnent son raisonnement. Dit autrement, elles renforcent souvent ce que l’on pense déjà.
Et c’est là que le sujet devient plus préoccupant.
Dans une interaction humaine, il existe des frictions. Les autres nous contredisent, nous corrigent, nous ramènent au réel. Cette résistance est structurante. Elle empêche les dérives, les emballements, les certitudes excessives.
Avec une IA, cette friction peut disparaître.
L’illusion d’un interlocuteur “sur mesure”
Un autre point frappant est la capacité des IA à s’adapter à leur utilisateur. En fonction des interactions, elles ajustent leur ton, leur style, leurs réponses. Deux personnes peuvent ainsi “expérimenter” des versions différentes d’un même système.
À première vue, cela semble être une qualité : un outil personnalisé, plus fluide, plus agréable.
Mais en creux, cela pose une question :
que devient notre rapport à la réalité si notre principal interlocuteur s’ajuste en permanence à nous ?
Le risque est celui d’une forme de boucle fermée. Plus l’IA s’aligne, plus elle valide. Plus elle valide, plus elle renforce certaines croyances. Et plus ces croyances se solidifient.
Dans les cas extrêmes évoqués pendant la conférence, cela peut aller jusqu’à des phénomènes de dérive cognitive, où l’utilisateur se coupe progressivement des retours du monde réel.
Un problème de confiance, plus que de technologie
Au fond, le sujet dépasse largement la technique. Il touche à quelque chose de plus fondamental : notre rapport à la confiance.
Nous sommes habitués à deux types d’objets :
les humains, qui peuvent mentir ou se tromper → nous restons vigilants ;
les machines, qui calculent et exécutent → nous leur faisons confiance.
Les IA brouillent cette distinction. Elles parlent comme des humains, mais sont perçues comme des outils. Résultat : nous leur accordons parfois une confiance excessive, sans activer les bons réflexes critiques.
Et c’est précisément ce décalage qui crée le risque.
Ce que cette conférence change concrètement
En sortant de cette conférence, je n’ai pas arrêté d’utiliser les IA. Mais j’ai changé de posture.
Je ne les vois plus comme des sources d’information neutres.
Je ne les perçois pas non plus comme des interlocuteurs fiables par défaut.
Je les considère plutôt comme des systèmes qui produisent des réponses situées : influencées par leurs données, leur conception, leurs paramètres… et par moi-même.
Cela implique une chose simple, mais exigeante :
garder une distance critique, même quand la réponse est fluide, convaincante, voire rassurante.
Une question qui reste ouverte
La conférence ne donne pas de réponse définitive, et c’est sans doute ce qui fait sa force.
Les IA ont-elles une psychologie ? Peut-être pas au sens strict.
Mais elles ont déjà des effets psychologiques très réels.
Et au fond, la question la plus importante n’est peut-être pas celle que je me posais en entrant.
Ce n’est pas : les IA pensent-elles ?
Mais plutôt : Que se passe-t-il, chez nous, quand on commence à penser avec elles ?
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